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13/09/2017

L'attirance de la mer

REVELATION

19 août 2015

Les dauphins m’appellent. Je ne peux plus raconter l’attirance de Francis pour les cétacés sans les rencontrer moi-même.

Durant six jours, nous parcourons une portion privilégiée de l’océan Atlantique, où nagent baleines, cachalots et plusieurs sous-espèces de dauphins : des lents globicéphales, de grands dauphins occupés à chasser, des blancs et bleus rapides, des tachetés joueurs et très nombreux. Notre petit groupe, un homme et sept femmes, se lie avec simplicité autour de ce but commun. Puis une amitié durable nous soude, même après être rentrés chez nous. Nous avons partagé ces rencontres magiques depuis le bateau ou dans l’eau, nos repas, nos soirées et même des moments de méditation. La plus émouvante pour moi a été la rencontre avec mon enfant intérieur : Cette petite parcelle de notre inconscient qui nous permet de nous émerveiller, de rester sensible et réceptif comme du temps de notre enfance. Dans un décor que je dois imaginer, j’attends la visite de cet enfant. Il m’attend, assis au bord d’un lac. Blond, cheveux courts. Il se retourne, se lève, me tend la main et prend la mienne. Je suis submergée par l’émotion. Je n’ai pas dit « il » par hasard. Mon enfant intérieur est un garçon ! J’en discute ensuite avec notre guide. Elle me confirme que notre inconscient choisit parfois d’adopter l’apparence du sexe opposé. Je suis d’autant plus surprise que les autres femmes du groupe ont toutes vu une petite fille. Et pas moi…

Je suis émue jusqu’aux larmes. Je comprends mieux pourquoi cette impression de dualité est si forte. Chacun d’entre nous est habité par des éléments du féminin et du masculin, avec une prédominance pour celui représenté par le corps physique de la majorité. Leur identité est claire. J’en déduis que chez moi, la distinction n’est pas aussi nette. Je pense que c’est un avantage. Car ainsi je peux me sentir proche de tout le monde. J’ai d’ailleurs des amis et des amies très proches avec lesquels je peux aborder tous les sujets. Le comprendre m’aide à m’accepter.

Francis Delphy, sous-marinier, aventures en mer, dauphins, écriture

15/08/2017

Recherche d'identité

DISSENSION

10 mai 2015

Francis a tous les rôles. Il est père. Il a été fils. Il est l’ami, le collègue, le chef, le rêveur… Il est moi, je suis lui. Jour après jour, je me nourris de nos similitudes. Et j’explore nos différences.

A travers mes expériences personnelles, je vis les siennes. Tout se mélange,  et ne forme qu’une seule et même personne.

Francis refuse d’accepter sa dualité. Le pire en lui n’est pas le bien contre le mal, mais le masculin contre le féminin. Il veut correspondre à l’image de l’homme, selon la définition de la société de son époque. Pour lui, montrer sa part féminine est honteux.

Ce reniement systématique le coupe d’une partie essentielle de lui-même. Si elle tente de s’imposer, il la refoule avec une haine féroce. Ce combat intérieur s’ajoute à ses délires. Il s’invente une ennemie en chair et en os. Une femme qui va le réduire en bouillie. Seule son acceptation peut lui permettre de se reconstituer, et enfin de devenir complet et équilibré. Une épreuve longue, pénible, ponctuée de contradictions.

Quand j’étais enfant, je ne supportais pas que l’on dise : « Cette enfant. » Je voulais entendre parler de moi au masculin. Ainsi, je me sentais fière d’exister. Je retrouve dans mes écrits cette dissonance. A quel moment ai-je décidé qu’il valait mieux vivre « en garçon » ?

Francis Delphy, sous-marinier, aventures en mer, dauphins, écritureJe n’arrive pas à me répondre. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être comme mon frère. Destinée à devenir un homme, solide, charmeur, promis à responsabilités, futur chef de famille et d’entreprise. Influencée par les stéréotypes masculins trop répandus dans les années soixante, je ne pouvais pas trouver ma place parmi les femmes destinées à être « belle et tais-toi ! ». Mon refus a été net dès mon jeune âge. Pas de robes (les porter me rendaient très mal à l’aise), pas de bijoux, pas de poupées (les bébés braillards très peu pour moi), pas de coiffures compliquées (cheveux raides, coupés à l’épaule, souvent attachés). Je ne voulais pas jouer à la maman, ressembler à une princesse ou à une fée. Je préférais être un cow-boy, un indien, un pirate, un explorateur téméraire, un chevalier avec un beau cheval, puis plus tard un sous-officier dans un sous-marin en détresse…

 

26/05/2017

Croire que tout est possible

DISSECTION (partie 2)

20 juin 2014

La routine tue le plaisir. Le temps est le pire ennemi de la passion.

Le cumul des années de mariage ne se fait pas sans tempêtes. Mais l’amour qui nous a réunis nous protège des cyclones destructeurs. Danny sait prendre le temps pour qu’ensemble nous cherchions des solutions acceptables. Nous apprenons le compromis, l’écoute, le lâcher-prise. Nous pansons nos blessures morales, tendons nos mains et continuons notre chemin de vie dans la même direction. Malgré la cruauté de certains employeurs d’aujourd’hui, nous gardons espoir. Je redoute de travailler plus si mon mari finit par se retrouver sans revenu. J’ai besoin d’un minimum de deux heures par jour pour poser mes idées sur le papier. Mon temps partiel dans une bibliothèque, entourée de livres neufs à traiter pour le prêt, me convient. Il associe mon amour des livres avec celui de les concevoir, une fois rentrée chez moi. Ces demi-journées m’appartiennent. Je les consacre à Francis et son univers bleu changeant. L’insécurité de notre avenir me perturbe, mais je m’applique à le dissimuler. Le chômage conduit parfois à la mort. Mon mari est solide. Il s’accroche. Il veut trouver du travail, si possible à la hauteur de ses compétences. Pas question de se brader. Malgré les brimades, la malhonnêteté et les multiples pressions psychologiques qu’il a connu depuis dix ans de boulots incertains, il croit encore, à cinquante-sept ans, qu’un emploi respectable l’attend. Je l’admire. Je voudrais bien avoir autant de ténacité. Avec lui, je suis déterminée à tenir le coup, jusqu’au bout, en espérant une issue heureuse. Nous avancerons à deux, coute que coute, plus soudés que jamais.

L’intolérance et les moqueries des gens égratignent le bel amour que Francis partage avec Wally. Comme moi, mon sous-marinier se réfugie dans ses rêves, ses petits délires, ses histoires. Il finit par croire qu’elles ont vraiment été vécues. Elles rejoignent de si près les événements insolites de son quotidien qu’il ne dissocie pas toujours le vrai du faux.

Il ne comprend pas d’où vient l’ambivalence de ses désirs. Il continue à regarder les femmes avec envie. Certaines le feraient presque regretter ce choix étrange de vivre avec un homo. Il imagine un monde idéal où Wally serait sa compagne. La transformation physique n’existe que dans les romans fantastiques et dans les légendes. Dans l’esprit de Francis, s’il peut guérir son corps, il peut donc agir sur la composition de ses cellules. Il arrive même à ressentir les éléments plus petits qui les composent. Il voit les particules s’agiter dans ce monde minuscule. Il pense qu’elles pourraient s’organiser autrement, selon sa volonté. Avoir la santé, c’est bien, mais pourquoi ne pas vivre pour un temps limité dans un corps différent ? Un poisson pour explorer les mers sans sous-marin, un oiseau pour voir au-delà de l’horizon... ? Juste pour continuer de croire que tout est possible. TOUT !

Mais ces dons extraordinaires ne passeront pas inaperçus. Ils vont susciter l’admiration, la sollicitation, l’envie, puis la convoitise. Des âmes faibles succomberont devant ses infinies possibilités. Francis deviendra leur proie. Victime de ses privilèges, il voudrait y renoncer, définitivement. Ce qui lui apportait lumière et considération devient un poids trop lourd à supporter. Il comprend qu’il s’éloigne de la réalité du plus grand nombre. Il met en danger son équilibre mental. Alors, il revient à son origine : ETRE humain.

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Les carnets de Francis Delphy sur www.francis-delphy.com