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14/09/2016

Créativité

Francis Delphy, aventures en mer, dauphins, bande dessinée, création

IMPULSION (partie 2)

Tout est prétexte pour inventer une histoire. Une feuille de papier, même si elle est déjà imprimée d’un côté ou de petits cahiers que je fabrique moi-même avec deux agrafes. Mes jouets s’adaptent à mes jeux de rôles. Un nounours se transforme en cow-boy. Un bâton devient un bonhomme un peu maigrelet, mais téméraire. Des chevaux en plastiques prennent vie. Je crée des routes sur le tapis, et des tunnels en-dessous. Avec les Lego, je construis des maisons, des châteaux, des vaisseaux spatiaux.

Je n’ai que peu de poupées. Je ne les traite pas comme des bébés. Jouer à la maman ne m’est jamais venu à l’esprit. Je voulais être entourée d’animaux, même si ce ne sont que des peluches. Mes projections dans l’avenir ne me faisaient pas suivre un chemin traditionnel. Pas de mariage, mais plutôt une vie d’artiste, à créer et voyager sans contraintes.

J’avais dix-sept ans quand mon destin a croisé celui de mon futur mari, un soir de disco. Planquée dans un coin mal éclairé pour discuter avec une copine, je ne cherchais pas de compagnon. Un des responsables des lieux nous a bousculées pour ranger quelques chaises. J’ai levé les yeux vers lui pour lui grogner quelque chose, mais j’ai tout de suite reconnu celui que mon cœur attendait. Il s’est arrêté, a échangé quelques mots sympathiques. Je l’ai retrouvé plus tard sur la piste de danse. Avec lui, je trouvais une stabilité et une confiance que je ne pourrais pas trouver ailleurs. Cette certitude n’a jamais été démentie. Trente-cinq ans plus tard, Danny vit toujours avec moi.

Partage de nos passions humanitaires et sportives, puis mariage suivi d’enfant et d’animaux constituèrent les fondations de nos projets communs, cimentées par notre amour solide. Notre fille est arrivée quand nous l’avons désirée. Six ans plus tard, nous avons agrandi notre famille avec l’adoption d’un chiot berger allemand. Un serpent est venu partager notre quotidien durant onze ans, puis un cheval que ma fille a nommément acquis à ses dix-huit ans.

Ai-je pour autant renoncé à mes envies de création ? Impossible. Danny l’a bien compris. Il m’a épousée avec mes « mondes imaginaires ». Quand je m’échappe trop longtemps dans mes petits nuages, il me rappelle que la vie sur terre existe. Parfois, cet ancrage ne m’arrange pas, mais il a raison, comme toujours. La réalité peut être cruelle pour celui qui l’ignore. Sans lui, j’aurais été bien démunie !

Dans tout ce que j’entreprends, je crée, je vagabonde. Depuis toute petite. Devoir respecter une consigne, une règle, une convention, est très difficile pour moi. Je préfère toujours rendre les choses plus personnelles : un plat cuisiné qui ne ressemble pas au précédant, une image à colorier, un livre que je préfère écrire plutôt que de le lire, un habit que je vais adapter, une chanson que j’invente sur une mélodie entendue…

J’aime la musique. Ma sœur, puis mon frère ont pris des cours de piano. Comme je dessinais déjà beaucoup, mes parents n’ont pas estimé que je puisse en suivre en plus. Pourtant, dès que je me retrouvais seule à la maison, je m’asseyais sur le tabouret en velours rouge, les pieds trop hauts pour toucher les pédales. Je levais le couvercle du piano avec précaution, fascinée par les deux chandeliers appliqués sur sa face, dont les bougies blanches n’étaient jamais allumées. Les touches crème nacrées et noir m’inspiraient tout de suite. Alors je composais des mélodies, même si je ne savais utiliser qu’une seule main ou quelques doigts de chacune des deux, avec de grands efforts de concentration. J’espérais me rappeler ma musique pour pouvoir la jouer plus tard. Mais je ne savais pas écrire les notes. A la puberté, la période « compositeur » est tombée dans l’oubli. J’ai reçu un enregistreur à bobines de ma sœur, car elle venait d’acquérir un tourne-disque. Quelques années plus tard, j’ai passé aux cassettes à bandes magnétiques. Je pouvais soit les enregistrer depuis la radio ou par un micro, soit les acheter au même titre que les disques 33 tours, ce qui correspond aujourd’hui à un CD audio. Tout y passait. Au début, les cassettes de variétés de ma sœur ou de ma mère, puis j’ai découvert le pop-rock qui me plaît encore beaucoup aujourd’hui. J’alterne même le heavy et le fantasy-opéra avec le classique, surtout les symphonies. Sources d’inspiration adaptées à la scène que je dessine. Quand j’écris, je préfère ne pas écouter de musique. Tous mes sens sont canalisés dans la création et je n’entends plus rien.

Ecrire est important pour moi, afin de comprendre mes pulsions créatrices, dévorantes et incontrôlables. Elles m’accaparent au point qu’il m’est très difficile de rester sans penser. Mon cerveau ne connait pas le repos. Mes choix m’ont conduit à une vie sociale intéressante et active. La création ne pourrait y avoir qu’une place secondaire. Mais elle se révolte, pousse les barrières que le conventionnel érige. Et je laisse faire. C’est un pur bonheur.

Votre Carine

A bientôt, en octobre, pour la suite...

 

 

21/08/2016

Une personnalité tenace

bande dessinée, aventures, dessins,

IMPULSION (partie 1)

26 décembre 2011.

Il est revenu. Celui qui m’inspire le plus. Celui dont la vie étonnante mérite d’être enfin révélée. Parmi tous les personnages de mes histoires, il s’impose pour la quatrième fois. Je ne résiste plus. Je prends un petit carnet vierge dans mon armoire et je commence à écrire. Puis je le dessine, encore et encore en cherchant le détail pour arriver à une ressemblance parfaite. Je veux à nouveau donner vie à ce sous-marinier, sans imaginer que j’irai jusqu’au bout. Pourquoi ne l’abandonnerai-je pas à la fin de ce récit, comme je l’ai déjà fait à 15 ans, à 24 ans, à 38 ans ? Parce que j’ai déjà dépassé largement la moitié de ma vie, je réalise que je ne veux pas mourir sans lui laisser une chance. Si je l’écris, l’histoire de Francis Delphy continuera de vivre dans l’esprit de ceux qui le liront. Il devient ma garantie d’immortalité. La sienne surtout.

Les vrais héros de mon enfance ont toujours été masculins. Je les découvre dans les livres, m’attache à ceux de la télévision, m’imagine dans leur peau. Une petite fille dans un corps de mec. Soudain de la puissance, du charisme ! Alors tout est possible, même au travers du plus terrible des scénarios.

Enfant, j’aime explorer mes limites physiques. Courir très vite, sauter très loin, ou très haut… ou le plus bas possible quand je grimpe. J’aime me salir, dire des gros mots, avoir l’air costaud… enfin costaude. Je montre mes muscles à mon frère qui éclate de rire. Il me propose un bras de fer. Il gagne, mais je résiste et j’en suis fière.

Quand il pleut, je m’abrite sous un capuchon. Je cache mes cheveux longs derrière mon cou. Un enfant dit à l’adulte qui l’accompagne : « Regarde, le garçon, il court sur la route ! » Le garçon, c’est moi ! Héhé… Pour rentrer de l’école, je dois marcher durant vingt minutes si je ne traîne pas. L’immeuble où j’habite se trouve dans le haut de la ville. Souvent, je passe au feu rouge. Je répète volontiers cette phrase : les lois sont faites pour être transgressées. Mais je pense tout de même qu’il ne faut pas que cela porte préjudice à autrui. Mon éducation catholique émerge de temps en temps. A juste titre. Je préfère baser mes relations sur l’amour et l’amitié. La méchanceté me rend malade.

Fillette à peine scolarisée, je me singularise et aime bien être entendue. Dans la cour de mon immeuble, les enfants me demandent conseil. Mon imagination les attire. Notre terrain se prête à tous les jeux. Nous habitons presque à la campagne, là où la nature en défriche trouve encore une place. Je deviens la meneuse des gamins de mon âge, garçons et filles, et aussi des plus jeunes. A l’école, je suis aussi bien entourée. Mon signe du Zodiaque me correspond à merveille. Le roi Lion au milieu de ses sujets.

Mais un jour, le roi Lion change de zoo. Nous devons déménager. D’autres habitudes, un autre accent, et plus de béton autour de ma nouvelle maison, situé en pleine ville. Trop de changement. Je perds mes amies, et mes repères. J’ai de la peine à m’intégrer. Plus que jamais, je ressens le besoin de m’évader dans mes aventures imaginaires. Je dessine, seule dans ma chambre. Je raconte dans des cahiers entiers, des récits parfois tragiques, et d’autres qui me font rire. Je lis beaucoup de romans et de bandes dessinées. Activités casanières qui n’effacent pas mon plaisir de sortir, surtout par beau temps, mais souvent seule. Mes copines se comptent à peine sur les doigts d’une main.

 

A suivre... en septembre.

Votre Carine

23/07/2016

Pourquoi lui?

Francis Delphy, sous-marin, aventures, bande dessinée, mer

Histoire d’une histoire

CONSTATATION

De l’inconscience ? Plus qu’un grain de folie ? De la passion, c’est certain.

J’ai déjà écrit deux romans, et réalisé trois bandes dessinées de 186 pages chacune, lisibles sur mon blog, puis bientôt sur un site internet. Mais au moment où je les sens prêts, je bloque. Quelque chose en moi refuse de faire le pas pour accéder à la publication. Je manque de couilles pour aller plus loin.

Logique, je n’en ai pas. Mais lui…

Celui dont je raconte ces étranges histoires est un homme, au physique solide et sympathique. Il est mon double masculin. Je l’ai dans la peau avec une facilité déconcertante. Je le connais mieux que moi-même : les traumatismes de son enfance, ses doutes, ses passions, la plus discrète de ses émotions, les êtres qui ont marqué sa vie, ses projets réalisés ou non, même ses rêves. Quarante ans de son existence émergent en moi comme une immense vague de fond. Quatre ans bientôt que je décris en mots et dessins cette fascinante destinée que je mûris en secret depuis… plus de quarante ans!

Cette idée a germé dans ma tête alors que j’avais quatorze ans. Elle s’est souvent endormie, mais n’a jamais voulu que je l’oublie. Au contraire, à plusieurs reprises, elle s’est imposée. M’a tenu durant quelques mois. Ce que je croyais être ma raison me dictait de ne pas insister, que je n’irais pas bien loin avec ce personnage fictif. Mais à force de récidive, Francis Delphy a gagné. Il existe. Je le crée à chaque instant. En conduisant, en marchant, dans le bus, en préparant le repas, dans mon lit, en dormant, et j’écris, carnet après carnet, sans répit. Car arrêter me semble inconcevable. Une addiction. Affolante. Cette folie me dépasse. Je refuse le sevrage. Il me tuerait. Je suis persuadée aujourd’hui que le jour où Delphy meurt, je perdrai mon souffle. C’est ainsi. Un amalgame complètement hors norme, excessif, envahissant et jouissif. Je ne veux rien laisser passer. Rien ne me conduira au renoncement. Pour qui ? Pourquoi ? Continuer à vivre dans cette société où le profit induit une destruction systématique de la nature qui nous nourrit ? Et crier à qui veut l’entendre ma détermination à rester un être double, mais complet.

Difficile à accepter, et encore plus de faire le pas pour partager cette exubérance avec le monde. Tout le monde. Pas les gens que je pourrais croiser dans un salon du livre, mais les collègues, la famille « bien pensante ». Ceux qui, au-delà de mon texte, découvriraient la vraie personne qui se cache dans ma tête. Lui en moi… ou l’inverse. Affronter au quotidien ces regards incompréhensifs, consternés, intolérants, ironiques, agressifs, accusateurs. Assumer ma dualité et la défendre. Non, pas la justifier, mais la constater comme un état d’être incontournable. Une particularité de ma personnalité qui me donne envie de construire sur cette idée étrange : celle de créer un personnage avec tant de réalisme qu’il finisse par exister.

Alors ma vie devient deux vies, et toutes les deux valent la peine d’être vécues. La vraie car je l’aime, pour les expériences qu’elle m’apporte, pour les êtres que je rencontre. Ceux que je serre dans mes bras, ceux que j’écoute, ceux avec lesquels je partage de fortes émotions, bonnes ou mauvaises. Et la vie de l’autre, Francis Delphy. Son corps que je ne devrais connaitre que de l’extérieur mais que j’apprends à ressentir, et son esprit tortueux et torturé parfois certainement très proche du mien.

 Cet homme possède tellement de qualités qu’elles en deviennent des défauts. Il en souffre, mais il refuse de les abandonner. Céder à l’égoïsme le tuerait au sens propre comme au sens figuré. Il est victime de son amour inconditionnel. J’aimerais être aussi bonne que lui.

 

Carine Racine, fin juillet 2016